Rumex acetosella (Petite Oseille): Profil Botanique Complet

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La Rumex acetosella est une petite herbacée vivace de la famille des Polygonacées, la même lignée que le sarrasin et la rhubarbe, reconnaissable sur le terrain à ses feuilles en fer de lance et à la saveur franchement acide qui lui a valu le nom de petite oseille. L’espèce est originaire d’Europe et d’Asie occidentale tempérée, mais elle a suivi l’expansion agricole européenne et se rencontre aujourd’hui naturalisée dans presque toutes les régions tempérées et subtropicales de la planète, de l’Arctique canadien aux îles subantarctiques.

Petite herbacée vivace des Polygonacées, Rumex acetosella se reconnaît à ses feuilles en fer de lance et à sa saveur franchement acide.
Petite herbacée vivace des Polygonacées, Rumex acetosella se reconnaît à ses feuilles en fer de lance et à sa saveur franchement acide.

Ce qui rend la plante remarquable, ce n’est pas sa taille, qui dépasse rarement quarante centimètres, mais la combinaison de stratégies qui lui a permis de prospérer là où peu d’herbacées parviennent à s’installer. Elle se multiplie par graines et par bourgeons adventifs formés sur des racines traçantes, elle tolère les sols sableux, acides et pauvres en bases, elle constitue des stocks semenciers qui restent viables pendant des décennies et elle répond au travail du sol en produisant davantage de pousses qu’il n’y en avait auparavant. Cette résistance a fait de la petite oseille l’une des adventices les plus étudiées de l’agronomie tempérée, signalée dans au moins soixante-dix pays.

Sur le plan taxinomique, la Rumex acetosella se révèle bien plus compliquée que ne le laisse supposer son allure modeste. Le nom recouvre un complexe polyploïde comprenant des races diploïdes, tétraploïdes, hexaploïdes et octoploïdes dont la délimitation en sous-espèces reste en cours de révision. Cette fiche rassemble la classification confirmée par l’IPNI et par Plants of the World Online, la morphologie d’après les traitements floristiques primaires, la répartition documentée, le comportement agronomique, la phénologie, la composition chimique descriptive, les données historiques et la situation de conservation de l’espèce.

Taxonomie

Le binôme Rumex acetosella a été publié par Carl von Linné dans Species Plantarum, volume 1, page 338, en 1753, et il demeure le nom accepté dans Plants of the World Online, du Royal Botanic Gardens Kew, sous l’identifiant IPNI 224391-2. La hiérarchie retenue ici suit le POWO, la position de classe étant enregistrée conformément à la Flora e Funga do Brasil, qui applique la circonscription la plus courante dans la littérature brésilienne.

  • Règne : Plantae
  • Division : Tracheophyta
  • Classe : Magnoliopsida
  • Ordre : Caryophyllales
  • Famille : Polygonaceae A. Juss.
  • Sous-famille : Polygonoideae
  • Tribu : Rumiceae
  • Genre : Rumex L.
  • Espèce : Rumex acetosella L., Sp. Pl. 1: 338 (1753)

Il faut noter que les bases de données divergent au niveau de la classe : le POWO place l’espèce dans les Equisetopsida, sous-classe Magnoliidae, au sein d’une classification large des plantes vasculaires, tandis que la Flora e Funga do Brasil emploie Magnoliopsida. Le désaccord relève de l’agencement formel entre bases de données et ne touche pas à l’identité de l’espèce.

Synonymes

Plants of the World Online reconnaît six synonymes homotypiques, tous dérivés du type linnéen et tous issus de transferts de genre proposés entre le dix-huitième et le vingtième siècle :

  • Acetosa acetosella (L.) Mill.
  • Acetosella acetosella (L.) Small
  • Lapathum acetosella (L.) Scop.
  • Pauladolfia acetosella (L.) Börner
  • Rumex acetosella var. vulgaris Roth
  • Rumex infestus Salisb.

Le traitement de la Flora of North America ajoute encore Acetosa hastata Moench et Acetosella vulgaris Fourr. à la synonymie de l’espèce, ce qui montre à quel point les écoles taxinomiques varient dans l’absorption des segrégats de Rumex.

Sous-espèces Acceptées

Six sous-espèces figurent comme acceptées dans le POWO, et la distinction entre elles repose surtout sur le nombre chromosomique, sur la forme des lobes basaux de la feuille et sur l’adhérence des tépales internes à l’akène :

  • Rumex acetosella subsp. acetosella
  • Rumex acetosella subsp. acetoselloides (Balansa) Den Nijs
  • Rumex acetosella subsp. angiocarpus (Murb.) Murb.
  • Rumex acetosella subsp. arenicola Y. Mäkinen ex Elven
  • Rumex acetosella subsp. multifidus (L.) Schübl. & G. Martens
  • Rumex acetosella subsp. pyrenaicus (Pourr. ex Lapeyr.) Akeroyd

La race à répartition presque cosmopolite, celle qui prédomine parmi les populations naturalisées hors d’Eurasie, est hexaploïde, possède des lobes foliaires latéraux non multifides et présente l’angiocarpie, c’est-à-dire des tépales internes soudés au fruit mûr. Pendant des décennies on l’a appelée Rumex angiocarpus Murb. ou subsp. angiocarpus, une attribution que la révision de den Nijs, en 1984, et la nomenclature fixée par Akeroyd, en 1991, ont corrigée en subsp. pyrenaicus.

Étymologie

Le nom de genre Rumex vient du latin classique, où les auteurs romains l’appliquaient aux oseilles et aux patiences, et il est souvent rapproché du terme désignant une sorte de javelot, allusion à la silhouette des feuilles sagittées. L’épithète acetosella est le diminutif d’acetosa, adjectif latin formé sur acetum, vinaigre, et renvoie à la fois à la saveur acide du feuillage et à la taille plus modeste de la plante face à l’oseille cultivée, Rumex acetosa.

Description Morphologique

Il s’agit d’une herbacée vivace glabre, pourvue d’une racine principale verticale et de racines horizontales traçantes qui émettent des bourgeons adventifs. Les tiges naissent en nombre variable depuis la base, dressées ou ascendantes, se ramifient dans leur moitié supérieure et atteignent dix à quarante centimètres de hauteur, exceptionnellement quarante-cinq. Les colonies denses que l’espèce forme sur les sols ouverts résultent presque toujours d’un seul individu étendu par voie végétative, et non d’une multitude de plantules voisines. La plante est dioïque, les pieds mâles et femelles étant séparés.

Feuilles

Les feuilles constituent le caractère diagnostique le plus fiable. Le limbe mesure deux à six centimètres de long sur trois millimètres à deux centimètres de large, avec un contour allant d’obovale-oblong à lancéolé, parfois presque linéaire. La base est hastée, munie de deux lobes divergents entiers ou parfois multifides, bien qu’il existe des feuilles sans lobes nets et à base largement cunéiforme. La marge est entière et plane, le sommet aigu ou obtus. La coloration va du vert clair au vert moyen et prend des tons rougeâtres sur sols très acides ou en situation de stress hydrique. À la base du pétiole se trouve une ochréa, gaine membraneuse tubulaire caractéristique des Polygonacées, brunâtre dans sa partie inférieure, argentée et lacérée dans sa moitié supérieure.

Fleurs

L’inflorescence est terminale, occupe en général les deux tiers distaux de la tige et forme une panicule lâche et interrompue, large ou étroite selon la vigueur de la plante. Les pédicelles mesurent un à trois millimètres et les fleurs se disposent en verticilles de cinq à huit unités, occasionnellement de trois à dix. Les tépales internes s’accroissent peu ou pas du tout à maturité et mesurent 1,2 à 1,7 millimètre de long sur 0,5 à 1,3 millimètre de large, à base cunéiforme et sommet obtus à subaigu. Les fleurs mâles présentent une teinte jaunâtre qui rougit à l’anthèse, tandis que les fleurs femelles passent du verdâtre au brun rougeâtre à mesure qu’elles fructifient, ce qui donne aux champs envahis la couleur rouille typique de la fin du printemps.

Fruits et Graines

Le fruit est un akène trigone, lisse et brillant, brun à brun foncé, mesurant 0,9 à 1,5 millimètre de long sur 0,6 à 0,9 millimètre de large. Chez les races angiocarpes, les tépales internes restent soudés à l’akène mûr et ne s’en détachent pas facilement, alors que chez les races gymnocarpes le fruit se libère nu. L’absence de valves fructifères élargies et de tubercules bien marqués sépare l’espèce de la plupart des autres oseilles et patiences du genre.

Racine et Tige

Le système souterrain associe un axe vertical ligneux à la base de la plante à des organes horizontaux qui parcourent la couche superficielle du sol et portent des bourgeons capables de donner de nouvelles pousses aériennes. La nature de ces organes est décrite de façon variable dans la littérature, tantôt comme des rhizomes traçants, ainsi dans le traitement de la Flora of North America, tantôt comme des racines gemmifères, ainsi dans la revue agronomique canadienne consacrée à l’espèce, et la distinction n’a de conséquence pratique que pour qui étudie l’anatomie du système. Cette architecture explique la persistance de la plante : de petits fragments séparés par le hersage ou le binage régénèrent des individus complets, et travailler le sol tient de la multiplication plutôt que du contrôle. Les tiges aériennes sont grêles, sillonnées longitudinalement et souvent rougeâtres à la base.

Répartition et Habitat

L’aire d’origine de la Rumex acetosella correspond à l’Eurasie tempérée, avec un centre probable de diversification dans le sud de l’Europe et le sud-ouest de l’Asie, région où le complexe polyploïde présente la plus grande variation. Hors de cette bande, toutes les populations connues résultent d’une introduction, surtout comme contaminant des semences, du fourrage et du lest agricole à partir du seizième siècle. La Flora of North America est explicite en classant l’espèce comme introduite dans tout le continent nord-américain, du Groenland et du Yukon jusqu’à la Floride et au Texas, ce qui corrige une attribution d’indigénat américain qui circule encore dans les sources secondaires.

Au Brésil, la Flora e Funga do Brasil enregistre l’espèce comme naturalisée et non endémique dans six États, tous situés dans le domaine de la forêt atlantique : Minas Gerais, Paraná, Rio de Janeiro, Rio Grande do Sul, Santa Catarina et São Paulo. Les types de végétation associés sont les zones anthropisées, les prairies d’altitude, la forêt ombrophile et la forêt ombrophile mixte, ce qui décrit bien la niche de la plante dans le pays, liée aux pâturages d’altitude, aux friches arbustives et aux bords de route des régions montagneuses au climat doux.

L’habitat de prédilection réunit bords de routes, champs cultivés, terrains vagues, milieux perturbés, pelouses, prairies, ballast ferroviaire et rives sableuses ou vaseuses, presque toujours sur sols acides. L’amplitude altitudinale va du niveau de la mer à environ 2 700 mètres. L’abondance de la petite oseille fonctionne comme bioindicateur d’acidité : elle signale des sols pauvres en bases échangeables, à pH bas et à teneurs élevées en aluminium et en manganèse disponibles, condition qui limite la plupart des cultures commerciales et des fourragères.

Dans plusieurs juridictions la plante figure sur les listes d’espèces exotiques envahissantes. La Global Invasive Species Database documente une invasion en Australie, au Canada, au Groenland, aux îles Malouines, en Nouvelle-Zélande, à La Réunion, à Sainte-Hélène, en Afrique du Sud et en Géorgie du Sud-et-les Îles Sandwich du Sud, avec formation de peuplements denses qui évincent graminées et herbacées indigènes et retardent la succession naturelle.

Culture

La petite oseille n’est cultivée qu’à l’échelle domestique ou dans des collections de légumes peu conventionnels, aucun cultivar commercial de l’espèce n’ayant été sélectionné. Dans l’horticulture européenne, le rôle de légume-feuille est historiquement revenu à des parentes à plus grandes feuilles, avant tout Rumex acetosa et Rumex patientia. Qui la garde en culture travaille donc avec du matériel sauvage, et l’attention porte surtout sur le confinement, car la plante s’échappe des planches avec une grande facilité.

La multiplication végétative est la voie la plus efficace et se fait par division des racines horizontales, qui s’enracinent lorsqu’elles sont plantées à quelques centimètres de profondeur. Le semis exige un sol remué et une exposition à la lumière, exigence qui reflète le comportement de l’espèce en colonisatrice de terrains perturbés. Les graines sont petites et produites en grand nombre, et chaque tige florifère peut en donner de cent vingt-quatre à cent cinquante, avec des relevés français dépassant mille six cents par tige.

Quant à ses exigences, la plante demande le plein soleil et ne supporte pas un ombrage prolongé, préfère les sols sableux, bien drainés, pauvres en éléments nutritifs et de pH compris entre 4,5 et 6,5, et se passe d’arrosage sous des climats à pluviosité modérée. Sa rusticité au froid est remarquable et englobe des populations installées sous des latitudes subarctiques. Parmi les organismes associés, la faune d’insectes est dominée par des spécialistes des Polygonacées : les larves d’Ametastegia equiseti consomment les feuilles, celles d’Apion se nourrissent aux racines et induisent des galles sur les inflorescences, et Rhinoncus castor accomplit une partie de son cycle sur la plante. Du côté des champignons, la rouille Uromyces acetosae parasite les tissus vivants, Ramularia pratensis provoque des taches foliaires et Venturia rumicis apparaît sur les feuilles sénescentes. La chrysomèle Gastrophysa viridula, souvent citée comme agent de lutte biologique dans le genre, est associée avant tout à Rumex crispus et à Rumex obtusifolius, et non à la petite oseille.

Là où la plante est récoltée, le matériel prélevé se compose des jeunes feuilles basales, cueillies avant l’allongement des tiges florales, tant que le limbe reste tendre. En situation agricole, l’intérêt est généralement inverse de celui de la culture. Les stratégies de gestion documentées pour réduire l’infestation des pâturages associent le chaulage pour relever le pH, la correction de la fertilité et l’installation d’un couvert végétal dense et compétitif. La lutte mécanique seule tend à aggraver le problème, parce qu’elle fragmente les racines, et le brûlage comme le pâturage intensif favorisent l’extension des peuplements.

Phénologie

Dans l’hémisphère nord, la floraison se concentre entre le printemps et l’été, avec un pic de mai à août selon la latitude. Dans les populations naturalisées du sud et du sud-est du Brésil, le calendrier s’inverse et l’émission des tiges florifères a lieu du printemps à l’été austral, approximativement d’octobre à février. La fructification suit de près la floraison, et les pieds femelles prennent leur couleur rougeâtre caractéristique lorsque les akènes mûrissent.

Étant dioïque, l’espèce dépend entièrement de la pollinisation croisée, assurée par le vent. Les fleurs ne possèdent ni nectaires fonctionnels ni attractifs visuels pour les insectes, et la compensation passe par le volume de pollen : les estimations attribuent à un seul pied la production de centaines de millions de grains. Cette abondance a une conséquence sanitaire connue, le pollen de Rumex étant un aéroallergène reconnu qui compte parmi les déclencheurs modérés de rhinite allergique saisonnière dans les régions où la plante abonde.

La dissémination des akènes est essentiellement passive, par gravité, au pied du plant mère, ce qui produit des taches denses plutôt qu’une colonisation diffuse. La dissémination à distance dépend de vecteurs secondaires, parmi lesquels l’eau courante, l’adhérence aux poils et aux sabots des animaux, le foin contaminé, les plants de pépinière, les pneus et le matériel agricole. Pour boucler le cycle, le stock semencier se révèle remarquablement persistant : on a enregistré la germination de graines récupérées sous un peuplement de Pinus strobus âgé de plus de quatre-vingts ans, et des essais contrôlés montrent une viabilité conservée après plus d’une décennie d’enfouissement, l’humidité du substrat étant le principal déterminant de la longévité.

Espèces Apparentées du Genre Rumex et Confusions

Le genre Rumex réunit environ deux cents espèces des régions tempérées, plusieurs naturalisées au Brésil, et l’identification de la petite oseille demande de l’attention envers les proches parentes et quelques sosies d’autres familles.

  • Convolvulus arvensis et liserons voisins : ils partagent le contour foliaire sagitté, mais ce sont des grimpantes volubiles, à fleur infundibuliforme et voyante, et ils n’ont pas d’ochréa à la base du pétiole. L’absence de cette gaine membraneuse tranche la question sur-le-champ.
  • Oxalis spp. : souvent appelées surelles, elles ont une saveur acide comparable, due elle aussi aux oxalates, mais présentent des feuilles trifoliolées à folioles obcordées et des fleurs à cinq pétales libres. Elles appartiennent aux Oxalidacées et ne sont pas proches parentes de Rumex.
  • Rumex acetosa : la grande oseille est plus robuste, atteint un mètre de hauteur, porte des feuilles nettement plus grandes dont les lobes basaux sont dirigés vers le bas au lieu de diverger, et produit des valves fructifères nettement élargies à maturité.
  • Rumex crispus : la patience crépue dépasse largement le mètre, a des feuilles oblongues à marge fortement ondulée, sans lobes basaux, et une racine pivotante épaisse et jaunâtre.
  • Rumex obtusifolius : la patience à feuilles obtuses présente de grandes feuilles à base cordée, des valves fructifères dentées et une taille bien supérieure, et elle occupe les sols riches et humides, à l’inverse de la préférence de la petite oseille pour les terrains pauvres et acides.

Au sein même du complexe acetosella, la séparation des sous-espèces ne se règle pas de manière sûre à l’œil nu. Elle dépend du comptage chromosomique, de l’examen de l’adhérence des tépales à l’akène et de la forme des lobes foliaires, et les spécialistes eux-mêmes divergent sur les limites entre les races.

Phytochimie

La composition chimique de la petite oseille suit le schéma du genre Rumex, où plus de cent trente molécules ont été décrites, réparties entre anthranoïdes, naphtalènes, flavonoïdes, stilbénoïdes, terpénoïdes et composés phénoliques divers. La description qui suit est strictement compositionnelle et n’implique aucun effet sur les organismes.

  • Anthraquinones et anthranoïdes : le chrysophanol, l’émodine et la physcione comptent parmi les dérivés identifiés, à concentrations inégales selon les organes. Les analyses par chromatographie liquide d’extraits méthanoliques montrent que les racines sont la fraction la plus riche en anthranoïdes, les feuilles occupent une position intermédiaire et les fruits sont les plus pauvres.
  • Catéchines et proanthocyanidines : l’épigallocatéchine figure parmi les composés relevés dans les racines, aux côtés de tanins condensés.
  • Flavonoïdes : la quercétine et ses glycosides, ainsi que la myricétine et des dérivés de flavones comme l’apigénine et la lutéoline, se rencontrent surtout dans les feuilles, qui concentrent les teneurs les plus élevées en flavonoïdes de tous les organes de la plante.
  • Oxalates et acide oxalique : répartis dans les feuilles et les tiges, ils sont à l’origine de la saveur acide qui caractérise l’espèce et de son nom vernaculaire dans plusieurs langues.
  • Stérols : le gamma-sitostérol apparaît comme composant majoritaire dans les analyses des parties aériennes par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse.

Un point de sécurité doit être consigné au présent, et non comme un épisode historique. Les feuilles et les tiges accumulent des oxalates solubles, et l’ingestion de grandes quantités de matière verte provoque une intoxication chez les ovins, les bovins et les équins, avec des cas mortels documentés sur des pâturages fortement envahis. Pour la même raison, la plante est répertoriée comme toxique pour les chiens, les chats et les chevaux dans les bases de référence des plantes à risque pour les animaux de compagnie.

Histoire et Ethnobotanique

L’espèce est entrée dans la nomenclature botanique moderne avec Linné, en 1753, mais elle circulait bien avant cela dans la littérature herboriste européenne sous des noms vernaculaires liés à l’acidité de ses feuilles. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, auteurs gréco-latins et compilateurs médiévaux ont traité ensemble plusieurs plantes de saveur acide sous des désignations telles qu’oxalis, ce qui rend hasardeux d’attribuer les mentions anciennes précisément à la Rumex acetosella plutôt qu’à des congénères ou à des Oxalidacées.

Dans les économies paysannes du nord et de l’est de l’Europe, les relevés ethnographiques décrivent la consommation des jeunes feuilles comme aliment sauvage, crues ou incorporées à des soupes, avec une place particulière dans les traditions irlandaise, scandinave et slave. La plante se récoltait sur les terrains pauvres où les cultures vivrières échouaient, et sa disponibilité les années de disette lui a donné un rôle de ressource alimentaire d’appoint. En Amérique du Nord, des sources ethnobotaniques du dix-neuvième siècle et du début du vingtième documentent que des peuples autochtones, parmi lesquels les Algonquins, les Cherokees et les Iroquois, employaient les feuilles et les tiges de la plante déjà naturalisée dans leur alimentation.

Au vingtième siècle, la petite oseille a acquis une notoriété d’un autre ordre en entrant dans le mélange de quatre plantes diffusé sous le nom d’Essiac, composé par l’infirmière canadienne Rene Caisse dans les années 1920 et rattaché par elle au savoir herboriste ojibwé. Les autres composants consignés dans la formule étaient la racine d’Arctium lappa, l’écorce d’Ulmus rubra et la racine de Rheum palmatum. L’épisode intéresse ici comme fait relevant de l’histoire culturelle des plantes et de la circulation des formules herboristes dans le Canada de l’entre-deux-guerres.

Conservation

La Rumex acetosella ne fait l’objet d’aucune évaluation mondiale publiée sur la Liste rouge de l’UICN, ce qui la maintient formellement au statut de non évaluée. L’absence d’évaluation, en l’occurrence, ne traduit pas une lacune de connaissances sur l’espèce mais bien l’absence de tout motif d’inquiétude : il s’agit d’une plante abondante, à aire de répartition immense, dont les populations sont documentées comme stables ou en expansion dans son aire d’origine. L’espèce ne figure pas davantage aux annexes de la CITES.

Le dossier de conservation attaché à la petite oseille est, en pratique, inversé. L’intérêt porte sur les impacts qu’elle cause hors de son aire d’origine, où elle forme des peuplements denses qui concurrencent la flore indigène dans les prairies, les dunes et les îles océaniques, et où la persistance du stock semencier et la repousse à partir de fragments de racines compliquent les programmes de restauration. Dans les écosystèmes insulaires et les prairies d’altitude, milieux à flore spécialisée et à faible redondance fonctionnelle, cet effet se fait davantage sentir.

Au Brésil, l’espèce est mentionnée dans la Flora e Funga do Brasil comme naturalisée dans six États, sans statut de protection et sans figurer sur les listes officielles d’espèces menacées, situation cohérente avec sa condition de plante exotique bien installée dans les milieux anthropisés.

Curiosités

  • La petite oseille est l’un des exemples classiques de complexe polyploïde chez les plantes à fleurs, avec des races allant de 2n égal à 14 jusqu’à 2n égal à 56, c’est-à-dire du diploïde à l’octoploïde, toutes abritées sous le même nom d’espèce.
  • Le stock semencier de l’espèce compte parmi les plus longévifs documentés pour des herbacées de climat tempéré. Des graines ont germé après avoir été récupérées dans le sol sous un peuplement de pin de Weymouth âgé de plus de huit décennies, ce qui signifie qu’elles étaient enfouies avant même la plantation des arbres.
  • La teinte rouille qui gagne des champs entiers à la fin du printemps ne vient pas du feuillage sec mais des pieds femelles en fructification, qui rougissent en masse et trahissent de loin l’étendue de l’infestation.
  • Les conseillers agricoles se servent de l’abondance de la plante comme d’une lecture rapide du sol. Là où elle domine, on s’attend à un pH bas, à une saturation en bases réduite et à de l’aluminium disponible à des teneurs qui limitent les fourragères classiques.
  • Malgré sa taille minuscule, un seul pied peut libérer des centaines de millions de grains de pollen par saison, contribution appréciable au calendrier des aéroallergènes des régions tempérées où l’espèce est commune.

Avertissement: ce contenu est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Consultez un médecin ou un phytothérapeute avant d’utiliser des plantes médicinales, notamment pendant la grossesse, l’allaitement ou en cas de prise de médicaments.

Références et Études Scientifiques

9 Références Citées

Basé sur 9 références citées (1 Évaluées par les Pairs, 8 Complémentaires).

Voir les 9 Références Citées

Études Scientifiques Évaluées par les Pairs (1)

  1. DOI2011 Stopps, G. J., White, S. N., Clements, D. R., Upadhyaya, M. K. The biology of Canadian weeds. 149. Rumex acetosella L. Canadian Journal of Plant Science, 91(6), 1037-1052. 2011. ↗

Lectures Complémentaires (8)

  1. 1991 Akeroyd, J. R. Protologue de Rumex acetosella subsp. pyrenaicus (Pourr. ex Lapeyr.) Akeroyd. Botanical Journal of the Linnean Society, 106(2): 99. 1991.
  2. 1984 den Nijs, J. C. M. Protologue de Rumex acetosella subsp. acetoselloides (Balansa) den Nijs. Feddes Repertorium, 95(1-2): 60. 1984.
  3. Flora e Funga do Brasil. Rumex acetosella L. Jardin botanique de Rio de Janeiro. ↗
  4. Global Invasive Species Database. Rumex acetosella. Groupe de spécialistes des espèces envahissantes de la CSE/UICN. ↗
  5. International Plant Names Index. Rumex acetosella L., notice 224391-2. The Royal Botanic Gardens Kew, The Harvard University Herbaria et Australian National Herbarium. ↗
  6. Linné, C. Species Plantarum, vol. 1, p. 338. Stockholm. 1753.
  7. 2005 Mosyakin, S. L. Rumex acetosella. Dans : Flora of North America Editorial Committee (dir.). Flora of North America North of Mexico, vol. 5. New York et Oxford. 2005. ↗
  8. Plants of the World Online. Rumex acetosella L. Royal Botanic Gardens Kew. ↗
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Petite oseille (Rumex acetosella) : taxonomie, morphologie, habitat sur sols acides, culture, phénologie, phytochimie, histoire et conservation de l\'espèce.

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