Le Vaccinium macrocarpon est un sous-arbrisseau vivace au port rampant appartenant à la famille des Ericaceae, celle des azalées, des rhododendrons et des myrtilles. L’espèce est originaire de l’est de l’Amérique du Nord, où elle occupe les tourbières acides, les marais d’eau douce et les rives détrempées des lacs et des étangs. On la connaît en français sous les noms de canneberge, canneberge à gros fruits, grande airelle rouge d’Amérique et, au Québec, atoca. William Aiton l’a décrite formellement en 1789, dans le second volume du Hortus Kewensis, à partir de matériel cultivé dans les jardins de Kew.
Ce qui rend cette espèce botaniquement remarquable n’est pas sa taille, la plante dépassant rarement 25 centimètres de hauteur, mais la combinaison peu commune de caractères qu’elle réunit. Les fruits renferment des chambres d’air internes qui les font flotter, une rareté parmi les baies des plantes terrestres ; les fleurs présentent des pétales fortement recourbés au-dessus d’un pédicelle arqué, dessin à l’origine du nom anglais de la plante ; et le système racinaire, extrêmement superficiel, dépend d’une association obligatoire avec des champignons mycorhiziens éricoïdes pour survivre sur des substrats pauvres et constamment gorgés d’eau. Peu de cultures d’importance agronomique mondiale conservent une dépendance écologique aussi étroite envers le milieu où elles ont évolué.
Cette fiche rassemble la classification formelle de l’espèce, la description morphologique détaillée, les schémas de répartition et d’habitat, les particularités de la culture en système inondé, la phénologie reproductive, les critères qui la séparent de ses proches parentes, la composition phytochimique caractéristique et le témoignage historique de sa relation avec les peuples du nord-est nord-américain.
Taxonomie
Le nom Vaccinium macrocarpon Aiton est enregistré à l’International Plant Names Index sous la référence bibliographique Hortus Kewensis [W. Aiton] 2 : 13, de 1789, et figure comme nom accepté dans Plants of the World Online, maintenu par les Royal Botanic Gardens de Kew. La classification complète est la suivante :
- Règne : Plantae
- Division : Tracheophyta (angiospermes)
- Classe : Magnoliopsida
- Ordre : Ericales
- Famille : Ericaceae Juss.
- Sous-famille : Vaccinioideae
- Tribu : Vaccinieae
- Genre : Vaccinium L.
- Section : Oxycoccus (Hill) W.D.J.Koch
- Espèce : Vaccinium macrocarpon Aiton, 1789
Synonymes et Taxons Infraspécifiques
L’espèce a accumulé une synonymie considérable parce que, durant une bonne partie des XIXe et XXe siècles, les canneberges ont été traitées dans un genre propre, Oxycoccus, séparé de Vaccinium. Les études phylogénétiques ultérieures ont montré que cette séparation rendait Vaccinium paraphylétique, et le groupe a fini par être traité comme une section au sein du genre le plus large. Parmi les synonymes enregistrés figurent :
- Oxycoca berberidacea Raf.
- Oxycoca macrocarpa (Aiton) Raf.
- Schollera macrocarpon (Aiton) Britton
- Vaccinium hispidulum Wangenh.
- Vaccinium oblongifolium (Michx.) Dunal
- Vaccinium oxycoccos var. oblongifolium Michx.
- Vaccinium propinquum Salisb.
L’IPNI enregistre en outre trois taxons infraspécifiques publiés : V. macrocarpon f. dahlei Findley & Core (Castanea 38 : 408, 1973), V. macrocarpon f. eburnea MacKeever (Rhodora 64 : 351, 1962), qui correspond aux formes à fruit blanchâtre, et V. macrocarpon var. intermedium A.Gray (Bot. Gaz. 4 : 225, 1879). Aucun d’eux n’a cours dans la littérature agronomique, qui travaille avec des cultivars sélectionnés.
Étymologie
L’origine du nom générique Vaccinium reste débattue. L’hypothèse la plus admise rattache le mot à bacca, baie, moyennant une altération phonétique ; une autre piste, moins retenue, le rapproche de vacca, vache, en référence à des plantes broutées par le bétail. L’épithète macrocarpon combine les éléments grecs makrós, grand, et karpós, fruit, et remplit une fonction diagnostique évidente : elle distingue l’espèce de sa parente européenne Vaccinium oxycoccos, aux fruits sensiblement plus petits. Quant au nom anglais, cranberry dérive de craneberry, littéralement baie de grue, allusion au pédicelle arqué et aux pétales recourbés, dont l’ensemble rappelle la tête et le cou de l’oiseau.
Description Morphologique
Il s’agit d’un sous-arbrisseau vivace, ligneux à la base, à croissance prostrée, qui forme des tapis denses et continus sur substrat humide. L’architecture de la plante s’organise autour de deux types de tiges aux fonctions distinctes, un caractère qui structure toute la morphologie de l’espèce et que la conduite agronomique exploite directement. Le couvert ainsi formé dépasse rarement 15 à 25 centimètres de hauteur, même si les tiges horizontales atteignent des longueurs bien supérieures.
Feuilles
Les feuilles sont persistantes, demeurant sur la plante durant l’hiver, et se disposent de façon alterne le long des tiges. Elles mesurent de 6 à 17 millimètres de long sur 2 à 5 millimètres de large, de forme oblongue à oblongue-elliptique, à sommet arrondi ou légèrement obtus. La marge est entière et discrètement révolutée, c’est-à-dire recourbée vers la face inférieure. La texture est coriace et épaisse, la face supérieure vert foncé et luisante, la face inférieure nettement plus pâle, d’une teinte glauque due à la cire épicuticulaire. Le pétiole est si court que les feuilles paraissent sessiles. Dans les régions à hiver rigoureux, le limbe prend une coloration bronze à rouge violacé durant les mois froids et retrouve le vert au printemps suivant.
Fleurs
Les fleurs naissent solitaires ou par groupes de deux à quatre à l’aisselle des tiges dressées de l’année précédente, portées par des pédicelles grêles de 1,5 à 4 centimètres qui s’arquent de manière caractéristique. La corolle, de 6 à 10 millimètres, est profondément divisée en quatre lobes qui se replient fortement vers l’arrière au moment de l’anthèse et laissent l’ensemble reproducteur exposé et projeté vers l’avant. La coloration va du blanc rosé au rose vif. Les étamines sont au nombre de huit, à filets poilus et à anthères prolongées en tubules de 1 à 2 millimètres qui s’ouvrent par des pores terminaux, disposition typique de la famille et directement liée au mode de pollinisation. L’ovaire est infère, à quatre loges.
Fruits et Graines
Le fruit est une baie globuleuse à ellipsoïde, couronnée par les lobes persistants du calice, qui mûrit du vert au rouge vif ou rouge sombre selon la lignée. Les populations sauvages produisent des baies de 9 à 14 millimètres de diamètre, tandis que les cultivars sélectionnés atteignent 20 millimètres et des poids allant jusqu’à 4 grammes. La pulpe est ferme et translucide, d’une saveur intensément acide et astringente. La particularité morphologique la plus notable se trouve à l’intérieur du fruit : quatre chambres remplies d’air abaissent la densité de la baie au point de la faire flotter sur l’eau, propriété sans équivalent parmi les fruits de culture commerciale et fondement de toute la méthode de récolte par inondation. Chaque fruit contient de 4 à 30 petites graines, de 1 à 2 millimètres, brun clair et allongées.

Les quatre chambres d’air à l’intérieur de chaque baie expliquent la scène : la parcelle une fois inondée, les fruits détachés remontent à la surface et forment un tapis continu, retenu par des barrages flottants jusqu’au point de pompage.
Racine et Tige
Les tiges horizontales, appelées stolons dans la littérature agronomique de langue anglaise, s’étendent sur 1 à 2 mètres à la surface du substrat. Fines, souples et semi-ligneuses, elles prennent une coloration brun rougeâtre en vieillissant. Elles portent de courtes tiges dressées, de 5 à 15 centimètres, qui concentrent la production de fleurs et de fruits. Le système racinaire est fibreux et remarquablement superficiel, cantonné aux 10 à 15 centimètres supérieurs du substrat, et dépourvu de poils absorbants fonctionnels. L’absorption des nutriments repose sur une symbiose obligatoire avec des champignons mycorhiziens éricoïdes du complexe Rhizoscyphus ericae, association qui rend possible la captation de l’azote et du phosphore dans des tourbières de très faible fertilité. Sans ce partenariat fongique, la plante ne prospère pas dans les milieux où elle croît naturellement.
Répartition et Habitat
L’aire naturelle de l’espèce couvre l’est du Canada ainsi que les portions centre-nord et est des États-Unis. La répartition s’étend de Terre-Neuve-et-Labrador, au nord, descend le long de la côte atlantique et de la chaîne des Appalaches jusqu’en Caroline du Nord et au Tennessee, et progresse vers l’ouest à travers la région des Grands Lacs jusqu’au Minnesota et au nord de l’Illinois. Les analyses génétiques ont par ailleurs confirmé une population indigène disjointe dans la forêt nationale d’Okanogan-Wenatchee, dans l’État de Washington, bien au-delà des limites occidentales que l’on attribuait à l’espèce.
L’habitat typique se compose de tourbières ombrotrophes, de marais d’eau douce, de marécages et de rives inondées, toujours sur substrat organique saturé, acide et pauvre en nutriments, au pH compris entre 4,0 et 5,5. L’espèce croît du niveau de la mer jusqu’à environ 1 400 mètres d’altitude et exige un ensoleillement complet, la succession végétale l’éliminant rapidement dès qu’un couvert se referme sur la tourbière. Le climat associé est tempéré froid, avec des hivers qui assurent la période de dormance et des étés doux.

Fruits mûrs sur un tapis de sphaigne, dans le milieu que l’espèce occupe naturellement : une tourbière acide, gorgée d’eau et pauvre en nutriments, où les tiges rampantes et les feuilles coriaces persistantes forment un couvert plaqué au substrat.
Hors de son aire d’origine, la culture commerciale a permis à l’espèce de s’échapper et de se naturaliser en divers points d’Europe. Des introductions sont signalées en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Roumanie et en Suisse, et la plante est naturalisée aux Pays-Bas, où elle est considérée comme envahissante dans les îles de la Frise occidentale. Les tapis denses qu’elle forme sur les tourbières côtières y concurrencent directement la végétation indigène des marais, y compris sa congénère Vaccinium oxycoccos. Au Brésil, il n’existe ni populations naturalisées ni culture commerciale à grande échelle, et les rares essais expérimentaux se sont concentrés sur les hauteurs du Rio Grande do Sul, dans des communes comme Bom Jesus et Vacaria, sans production notable.
Culture du Vaccinium
La culture de la canneberge se distingue parmi les cultures pérennes parce qu’elle exige la reconstruction artificielle du milieu de tourbière, le système connu sous le nom de bog. La structure consiste en une parcelle plane et rectangulaire délimitée par des digues, creusée puis remplie de couches de sable sur substrat tourbeux, d’une profondeur totale de 30 à 90 centimètres, et desservie par un réseau hydraulique capable d’inonder et de drainer la surface rapidement. Contrairement à ce que suggère l’imagerie populaire, la parcelle reste drainée pendant la plus grande partie du cycle et n’est inondée qu’à des moments précis du calendrier.
La multiplication commerciale se fait exclusivement par voie végétative. Des segments de stolon de 15 à 30 centimètres, prélevés sur des pieds mères de cultivars définis, sont répandus sur la surface préparée et fixés au substrat, où ils s’enracinent en quelques semaines. Les boutures ne reçoivent aucun espacement régulier : elles sont dispersées sur toute la surface et forment le tapis continu en trois à quatre ans. La multiplication par graines reste réservée aux programmes de sélection, la ségrégation génétique interdisant de conserver les caractères du cultivar.
Parmi les exigences de conduite, la fertilisation appelle une prudence particulière. La culture a évolué dans des milieux de fertilité minimale et supporte mal l’excès de nutriments, qui stimule la croissance végétative au détriment de la fructification. Une pratique propre à cette culture est le sanding, l’apport périodique d’une fine couche de sable tous les trois à cinq ans, qui enfouit une partie des tiges anciennes et stimule l’émission de racines nouvelles. Les inondations programmées remplissent plusieurs fonctions au fil de l’année : protection contre le gel, en tirant parti de la chaleur latente libérée par la congélation de l’eau, réduction des populations d’insectes, induction de la dormance hivernale et, en fin de cycle, la récolte elle-même.
Les principaux ravageurs relevés dans les plantations nord-américaines comprennent la chenille Acrobasis vaccinii, qui perfore les fruits en développement, la cécidomyie Dasineura oxycoccana, qui s’attaque aux jeunes pousses, le charançon Anthonomus musculus, associé aux boutons floraux, et la chenille défoliatrice Sparganothis sulfureana. Parmi les maladies se distinguent le cottonball, dû à Monilinia oxycocci, qui transforme les fruits en structures cotonneuses blanchâtres, la false blossom disease, provoquée par un phytoplasme transmis par des cicadelles et responsable de pertes dévastatrices dans les exploitations américaines au début du XXe siècle, la tache rouge foliaire d’Exobasidium rostrupii et un complexe de pourritures du fruit impliquant des champignons des genres Coleophoma, Fusicoccum et Phyllosticta.
La récolte a lieu à l’automne, lorsque près de 80 % des fruits ont atteint leur pleine coloration, et suit deux méthodes. En récolte sèche, des peignes mécaniques ramassent les baies fermes destinées au marché du fruit frais, filière qui ne représente qu’une faible part du volume total. En récolte humide, la parcelle est inondée et des machines à palettes brassent l’eau pour détacher les fruits, qui remontent à la surface grâce aux chambres d’air et sont conduits par des barrages flottants jusqu’au point de pompage. Les plants commencent à produire trois à cinq ans après la plantation et restent productifs pendant des décennies, certaines parcelles du Massachusetts étant en activité continue depuis plus d’un siècle.

En récolte humide, les machines à palettes parcourent la parcelle inondée et brassent l’eau pour détacher les baies des tiges. C’est l’opération à l’origine des images les plus connues de cette culture, alors qu’elle n’occupe que quelques jours du calendrier annuel.
Phénologie
La floraison se déroule de la fin du printemps au début de l’été, concentrée entre juin et juillet dans l’hémisphère nord, et se prolonge trois à quatre semaines sur une même parcelle. Les boutons se forment sur les tiges dressées durant la saison précédente, de sorte que la production d’une année dépend directement des conditions végétatives de l’année qui l’a précédée.
La pollinisation est entomophile et repose sur des visiteurs capables d’extraire le pollen d’anthères poricides. Les bourdons du genre Bombus se montrent particulièrement efficaces parce qu’ils pratiquent la pollinisation vibratile, contractant leur musculature thoracique à une fréquence qui libère le pollen par les pores apicaux des anthères. Les abeilles domestiques visitent les fleurs et contribuent à la formation des fruits, mais elles ne vibrent pas et prélèvent donc le pollen avec une efficacité nettement moindre, ce qui explique que les études menées en plantation commerciale attribuent une part importante de la fructification aux pollinisateurs indigènes. Dans les exploitations, des colonies sont introduites pendant l’anthèse pour compléter la faune locale.
La maturation des fruits demande 80 à 100 jours après la fécondation et s’achève entre septembre et octobre dans l’hémisphère nord. La dispersion naturelle est essentiellement hydrochore : la flottabilité des baies permet à l’eau qui inonde saisonnièrement les tourbières de les transporter, mécanisme en accord avec l’habitat de l’espèce. Les oiseaux et les petits mammifères qui consomment les fruits complètent la dispersion par endozoochorie et déposent les graines à de plus grandes distances du pied mère.
Espèces Apparentées et Confusions
Le genre Vaccinium réunit plusieurs centaines d’espèces réparties surtout dans les régions tempérées et montagneuses de l’hémisphère nord, avec des représentants tropicaux dans les Andes. Au sein de la section Oxycoccus, à laquelle appartient la canneberge à gros fruits, les espèces voisines sont peu nombreuses et raisonnablement identifiables :
- Vaccinium erythrocarpum Michx. : espèce des Appalaches, au port dressé et non rampant, à corolle également réfléchie mais au port entièrement différent.
- Vaccinium microcarpum (Turcz. ex Rupr.) Schmalh. : de répartition boréale eurasiatique, aux feuilles et aux fruits plus petits encore que ceux de V. oxycoccos et aux pédicelles glabres.
- Vaccinium oxycoccos L. : la canneberge d’Europe ou petite canneberge, de répartition holarctique, qui diffère par un port plus grêle, des feuilles plus petites à marges nettement révolutées, des fruits de 6 à 10 millimètres et une coloration rouge pâle, souvent ponctuée.
La distinction pratique entre V. macrocarpon et V. oxycoccos repose sur trois critères combinés. La taille du fruit est le plus immédiat, les baies de la canneberge à gros fruits dépassant largement 10 millimètres. La position des bractéoles sur le pédicelle est également diagnostique : chez V. macrocarpon elles sont vertes, foliacées et insérées au-dessus du milieu du pédicelle, tandis que chez V. oxycoccos elles sont petites, rougeâtres et situées sous le milieu. Enfin, la feuille de V. macrocarpon a un sommet arrondi et une marge à peine révolutée, contre un sommet aigu et une marge fortement enroulée chez sa congénère.
Hors du genre, le risque de confusion dans les tourbières nord-américaines concerne d’autres plantes à baies rouges qui occupent le même habitat, et la distinction importe ici pour la sécurité. Ilex verticillata, de la famille des Aquifoliaceae, est un arbuste dressé des zones humides aux fruits rouges très visibles sur des rameaux dénudés en hiver ; ses fruits contiennent des saponines et leur ingestion provoque vomissements et diarrhée chez l’humain comme chez les animaux domestiques. Solanum dulcamara, liane commune sur les berges humides, produit des baies rouges ovoïdes et contient des glycoalcaloïdes stéroïdiens ; l’ingestion des fruits entraîne une intoxication aux signes digestifs et neurologiques. Toutes deux se séparent de la canneberge sans difficulté par le port, aucune ne formant de tapis rampants, et par les feuilles, bien plus grandes et de texture non coriace. Gaultheria procumbens, elle aussi plante de sous-bois acide, porte des fruits rouges sur une plante rampante, mais ses feuilles sont nettement plus grandes, de 2 à 5 centimètres, et le fruit est une capsule enveloppée d’un calice charnu, non une baie véritable.
Phytochimie
Le profil chimique de Vaccinium macrocarpon est dominé par les composés phénoliques, avec une particularité structurale qui distingue l’espèce parmi les fruits de consommation. Les proanthocyanidines du fruit présentent une proportion élevée d’unités reliées par liaison de type A, un second pont éther entre les unités flavaniques, alors que la plupart des fruits accumulent surtout des proanthocyanidines à liaison de type B. La proanthocyanidine A2 est le représentant le plus abondant de ce groupe, et l’ensemble représente entre 0,5 % et 1,5 % de la masse du fruit frais.
Les anthocyanes se concentrent dans l’épiderme et les couches sous-épidermiques de la baie, où elles assurent la coloration rouge, et comprennent principalement des galactosides et des arabinosides de cyanidine et de péonidine. Les flavonols présents regroupent des dérivés glycosidiques de quercétine, de myricétine et de kaempférol, répartis aussi bien dans le fruit que dans les feuilles. Les fruits accumulent en outre des triterpènes, au premier rang desquels l’acide ursolique dans la cire cuticulaire.
Parmi les acides organiques, la composition comprend l’acide citrique, l’acide malique et l’acide quinique à des concentrations qui expliquent l’acidité marquée de la pulpe, ainsi que l’acide benzoïque à une teneur inhabituelle pour un fruit, située entre 0,02 % et 0,1 %. Complètent la composition des pectines dans les parois cellulaires, des sucres simples comme le fructose et le glucose autour de 12 % de la masse fraîche, des fibres alimentaires proches de 4,6 %, de l’acide ascorbique de l’ordre de 14 milligrammes pour 100 grammes et des minéraux comme le cuivre, le manganèse et le potassium. La répartition de ces composés n’est pas uniforme dans la plante : les feuilles présentent un profil phénolique distinct de celui du fruit, avec une part plus grande de flavonols et plus faible d’anthocyanes, et la teneur en proanthocyanidines de la baie varie selon le cultivar, le stade de maturation et les conditions de culture.
Histoire et Ethnobotanique
Avant la colonisation européenne, les peuples algonquiens du nord-est de l’Amérique du Nord, parmi lesquels les Wampanoags, les Lénapes et les Cris, récoltaient les fruits sauvages dans les tourbières de leur territoire. Les relevés ethnographiques documentent trois usages principaux : la consommation alimentaire du fruit frais et séché, l’obtention d’un pigment rouge pour teindre étoffes et peaux, et des applications sur les blessures décrites par des observateurs de la période coloniale. Des sources du XVIIe siècle rapportent en outre que les fruits séchés étaient incorporés à des préparations de viande déshydratée destinées au stockage et au transport, pratique qui tirait parti de la longue conservation naturelle des baies.
Les colons anglais installés en Nouvelle-Angleterre à partir de 1620 ont rapidement adopté ce fruit, qui est entré dans la cuisine régionale puis s’est installé durablement sur la table du Thanksgiving américain. Le nom anglais consigné par les premiers colons, craneberry, renvoyait à la ressemblance entre la fleur penchée et la tête d’une grue, et s’est peu à peu raccourci pour donner la forme actuelle.
La description botanique formelle est venue en 1789, lorsque William Aiton a publié le binôme dans le Hortus Kewensis, catalogue des plantes cultivées dans les jardins royaux de Kew. Le jalon agronomique décisif date de 1816, à Dennis, dans le Massachusetts, quand Henry Hall a remarqué que les portions de tourbière naturelle recouvertes de sable apporté par le vent produisaient davantage que les autres et s’est mis à répandre du sable délibérément sur ses plants. Cette observation a donné naissance en même temps à la culture commerciale de l’espèce et à la pratique du sanding, toujours en usage deux cents ans plus tard. Au cours du XXe siècle, les programmes de sélection menés par le département de l’Agriculture des États-Unis et par des universités du Massachusetts, du New Jersey et du Wisconsin ont produit les cultivars qui soutiennent la production actuelle, parmi lesquels Ben Lear, Early Black, Howes, Mullica Queen, Pilgrim et Stevens.
Conservation
Vaccinium macrocarpon est évaluée sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature dans la catégorie Préoccupation mineure (LC), reflet d’une aire de répartition étendue, de populations sauvages nombreuses et d’une base cultivée vaste qui allège la pression de cueillette sur les populations naturelles. L’espèce ne figure à aucune des annexes de la CITES, et son commerce ne fait l’objet d’aucune restriction internationale.
Les menaces documentées sont indirectes et pèsent sur l’habitat plutôt que sur l’espèce elle-même. Les tourbières et les marais d’eau douce du nord-est nord-américain ont subi une réduction drastique depuis le XIXe siècle, sous l’effet du drainage agricole, de l’expansion urbaine et de l’extraction de tourbe, et restent parmi les écosystèmes les plus vulnérables de la région. Les modifications du régime hydrologique et de la qualité de l’eau, y compris les apports de nutriments venus des terres agricoles voisines, favorisent des espèces concurrentes qui ombragent les tapis de canneberge dans les tourbières naturelles.
Une préoccupation distincte touche à la base génétique de la culture. La production commerciale mondiale repose sur un nombre restreint de cultivars, le Stevens représentant à lui seul une part importante des surfaces plantées aux États-Unis, situation qui concentre la vulnérabilité face aux ravageurs et aux pathogènes émergents. Les banques de ressources génétiques entretenues par le département de l’Agriculture des États-Unis conservent des accessions sauvages récoltées dans toute l’aire de répartition précisément pour préserver la variabilité que les plantations ne retiennent pas. À l’inverse, dans les tourbières européennes où l’espèce s’est échappée de culture, c’est elle qui constitue une menace pour la végétation indigène.
Curiosités
- Les quatre chambres d’air à l’intérieur de la baie en font l’un des très rares fruits commerciaux qui flottent, propriété qui sert aussi de test domestique de qualité : les fruits à pulpe altérée coulent.
- L’espèce fait partie du groupe très restreint des fruits d’importance économique mondiale réellement domestiqués à partir de la flore indigène d’Amérique du Nord, aux côtés de la myrtille américaine et du raisin Concord.
- Une parcelle bien conduite ne se replante pas pendant des générations. Certaines surfaces productives du Massachusetts restent en exploitation continue depuis le XIXe siècle, les plants d’origine se multipliant végétativement depuis plus de 150 ans.
- Les images d’ouvriers immergés dans une eau couverte de fruits rouges, que la publicité associe à cette culture, montrent un état qui ne dure que quelques jours par an : la parcelle reste drainée pendant pratiquement tout le cycle.
- La plante ne parvient pas à absorber seule les nutriments dans son habitat naturel. Sa dépendance envers les champignons mycorhiziens éricoïdes est si étroite que la physiologie racinaire de l’espèce s’est passée des poils absorbants présents chez la plupart des plantes vasculaires.
Avertissement: ce contenu est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Consultez un médecin ou un phytothérapeute avant d’utiliser des plantes médicinales, notamment pendant la grossesse, l’allaitement ou en cas de prise de médicaments.
Références et Études Scientifiques
Voir les 12 Références Citées
Études Scientifiques Évaluées par les Pairs (4)
- DOI2002 Kron, K. A., Powell, E. A., Luteyn, J. L. Phylogenetic relationships within the blueberry tribe (Vaccinieae, Ericaceae) based on sequence data from MATK and nuclear ribosomal ITS regions. American Journal of Botany, 89(2), 327-336. 2002. ↗
- DOI2005 Vorsa, N., Polashock, J. J. Cranberry. Dans : Janick, J. (dir.), Plant Breeding Reviews, vol. 26. Wiley-Blackwell, Hoboken. 2005. ↗
- DOI2014 Fajardo, D., Schlautman, B., Steffan, S., Polashock, J., Vorsa, N., Zalapa, J. The American cranberry mitochondrial genome reveals the presence of selenocysteine tRNA. Gene, 536(2), 336-343. 2014. ↗
- DOI2018 Diaz-Garcia, L., Schlautman, B., Covarrubias-Pazaran, G., Maule, A., Johnson-Cicalese, J., Grygleski, E., Vorsa, N., Zalapa, J. Massive phenotyping of multiple cranberry populations reveals novel QTLs for fruit anthocyanin content and other important chemical traits. Molecular Genetics and Genomics, 293, 1379-1392. 2018. ↗
Lectures Complémentaires (8)
- Aiton, W. Hortus Kewensis; or, a Catalogue of the Plants Cultivated in the Royal Botanic Garden at Kew, vol. 2, p. 13. George Nicol, Londres. 1789. ↗
- International Plant Names Index (IPNI). Vaccinium macrocarpon Aiton. The Royal Botanic Gardens Kew, Harvard University Herbaria & Libraries et Australian National Botanic Gardens. ↗
- POWO. Plants of the World Online : Vaccinium macrocarpon Aiton. Royal Botanic Gardens, Kew. ↗
- 2009 Flora of North America Editorial Committee. Vaccinium macrocarpon Aiton. Dans : Flora of North America North of Mexico, vol. 8. Oxford University Press, New York et Oxford. 2009. ↗
- 2020 Cartabiano-Leite, C. E., Porcu, O. M., Casas, A. F. Comparative analysis of the botanical and agronomic characteristics of Vaccinium macrocarpon and Vaccinium oxycoccos. Journal of Agricultural Science, 12(7), 2020.
- Royal Botanic Gardens, Kew. Cranberry : Vaccinium macrocarpon. Plants of the World. ↗
- Verloove, F. Vaccinium macrocarpon. Manual of the Alien Plants of Belgium. Botanic Garden Meise. ↗
- Euro+Med PlantBase. Vaccinium macrocarpon Aiton. Botanic Garden and Botanical Museum Berlin. ↗
