Moringa oleifera (Moringa): Profil Botanique Complet

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Le moringa (Moringa oleifera Lam.) est un arbre caducifolié de petite à moyenne taille et l’espèce la plus cultivée d’une famille botanique réduite et passablement singulière, les Moringaceae, qui rassemble treize espèces acceptées réparties entre le sous-continent indien, la péninsule Arabique, la Corne de l’Afrique, Madagascar et l’Afrique australe occidentale. Selon Plants of the World Online, du Royal Botanic Gardens de Kew, l’aire indigène de l’espèce est étonnamment étroite pour un arbre aujourd’hui si omniprésent: le nord-est du Pakistan et le nord-ouest de l’Inde, dans la frange subhimalayenne où domine le biome tropical saisonnièrement sec. Tout le reste, des Caraïbes à la Polynésie, relève de l’introduction. Le moringa ne s’est pas répandu tout seul; on l’a emporté.

Ce qui rend l’espèce remarquable d’un point de vue botanique ne tient pas seulement à cette expansion. Le moringa réunit un ensemble de caractères rares parmi les arbres tropicaux cultivés: des feuilles composées deux à trois fois pennées, d’aspect presque fougère, des fleurs blanches zygomorphes disposées en panicules pendantes et un fruit capsulaire allongé et profondément côtelé qui peut dépasser un demi-mètre de longueur. Les graines, globuleuses et pourvues de trois ailes membraneuses, forment l’une des signatures diagnostiques les plus fiables du genre. L’arbre pousse avec une rapidité peu commune, atteint plusieurs mètres dès la première année et supporte des sécheresses prolongées grâce à une racine pivotante profonde.

Il existe en outre une parenté qui surprend en général qui voit l’arbre pour la première fois. Les Moringaceae se rangent dans l’ordre des Brassicales, celui de la moutarde, du chou et de la capucine, et le moringa a hérité de cette lignée la voie métabolique des glucosinolates, responsable de l’odeur piquante que la racine et l’écorce libèrent à la coupe. C’est de cette âcreté que vient l’un des noms anglais de l’espèce, horseradish tree, par allusion au raifort européen (Armoracia rusticana). La comparaison est plus juste qu’il n’y paraît: le raifort appartient aux Brassicaceae, famille voisine au sein du même ordre, et les deux plantes se défendent avec la même classe de composés, même si l’une est une herbe de climat tempéré et l’autre un arbre de terre chaude et sèche.

Taxonomie

Le nom accepté est Moringa oleifera Lam., publié par Jean-Baptiste de Lamarck dans l’Encyclopédie méthodique, Botanique, volume 1, page 398, en 1785. Plants of the World Online enregistre le binôme comme accepté et reconnaît dix-huit synonymes pour l’espèce, héritage d’une longue histoire nomenclaturale qui a commencé avant même la création du genre.

La classification complète, selon l’ossature taxonomique adoptée par Kew, s’établit ainsi:

  • Règne: Plantae
  • Embranchement: Streptophyta
  • Classe: Equisetopsida
  • Sous-classe: Magnoliidae
  • Ordre: Brassicales
  • Famille: Moringaceae
  • Genre: Moringa Adans., 1763
  • Espèce: Moringa oleifera Lam., 1785

Les Moringaceae forment une famille monogénérique, autrement dit tout leur contenu tient dans le genre Moringa Adans., établi par Michel Adanson en 1763 dans les Familles des plantes. Le genre compte treize espèces acceptées et quatre synonymes génériques: Alandina Neck., Anoma Lour., Donaldsonia Baker f. et Hyperanthera Forssk. Ces noms ont largement circulé au XIXe siècle, et Anoma comme Hyperanthera ont un temps abrité le moringa lui-même, avant que la nomenclature ne se stabilise.

Synonymes Homotypiques

Fondés sur le même type nomenclatural, celui du nom linnéen Guilandina moringa L., que Lamarck allait remplacer:

  • Anoma moringa (L.) Lour., Fl. Cochinch.: 279 (1790)
  • Guilandina moringa L., Sp. Pl.: 381 (1753)
  • Hyperanthera moringa (L.) Vahl, Symb. Bot. 1: 30 (1790)
  • Hyperanthera pterygosperma Oken, Allg. Naturgesch. 3(3): 1727 (1841), nom. illeg. superfl.
  • Moringa moringa (L.) Millsp., Publ. Field Columb. Mus., Bot. Ser. 1: 490 (1902), non validement publié
  • Moringa pterygosperma Gaertn., Fruct. Sem. Pl. 2: 314 (1791), nom. illeg. superfl.

Synonymes Hétérotypiques

Noms proposés à partir d’autres types et réunis par la suite sous Moringa oleifera:

  • Hyperanthera decandra Willd., Sp. Pl., ed. 4, 2: 535 (1799)
  • Moringa amara Durin, Rev. Gén. Bot. 25: 469 (1913)
  • Moringa domestica Buch.-Ham., Mem. Wern. Nat. Hist. Soc. 5: 371 (1826)
  • Moringa edulis Medik., Theodora: 48 (1786)
  • Moringa erecta Salisb., Prodr. Stirp. Chap. Allerton: 326 (1796)
  • Moringa nux-eben Desf., Tabl. École Bot., ed. 3: 303 (1829)
  • Moringa octogona Stokes, Bot. Mat. Med. 2: 466 (1812)
  • Moringa parvifolia Noronha, Verh. Batav. Genootsch. Kunsten 5(4): 20 (1790), nom. nud.
  • Moringa polygona DC., Prodr. 2: 478 (1825)
  • Moringa robusta Bojer, Hortus Maurit.: 117 (1837)
  • Moringa sylvestris Buch.-Ham., Mem. Wern. Nat. Hist. Soc. 5: 373 (1826)
  • Moringa zeylanica Pers., Syn. Pl. 1: 461 (1805)

Deux de ces noms méritent l’attention de qui consulte la littérature ancienne. Moringa pterygosperma Gaertn. a circulé pendant des décennies dans les manuels agronomiques et figure encore dans des textes techniques du XXe siècle, bien qu’il soit un nom illégitime superflu depuis sa publication. Moringa zeylanica Pers. a peuplé les ouvrages sur la flore de Ceylan et n’est plus aujourd’hui qu’un simple synonyme hétérotypique.

Étymologie

Le nom générique Moringa est une latinisation du vernaculaire dravidien de l’arbre, attesté sous la forme murungai en tamoul et muringa en malayalam, langues du sud de l’Inde où la plante était cultivée bien avant toute description européenne. L’épithète oleifera vient du latin oleum, huile, associé au verbe ferre, porter ou produire, et renvoie au rendement élevé en huile fixe des graines, connue dans le commerce ancien sous le nom d’huile de ben ou huile de behen. Quant au basionyme Guilandina moringa, créé par Linné en 1753, il rendait hommage au botaniste prussien Melchior Wieland, latinisé Guilandinus, qui dirigea le jardin botanique de Padoue au XVIe siècle.

Description Morphologique

Arbre caducifolié de petite à moyenne taille, généralement haut de 10 à 12 mètres et atteignant exceptionnellement 15 mètres sur sols profonds et sans concurrence. Le port est élancé, avec un fût unique et dressé, une ramification haute et une couronne ouverte, irrégulière et peu dense, qui ne donne qu’une ombre claire et filtrée. La croissance initiale est remarquablement rapide: les sujets issus de semis dépassent couramment 3 à 4 mètres la première année. La longévité utile se situe entre 20 et 30 ans, même si des individus isolés peuvent vivre bien davantage.

Feuilles

Feuille composée tripennée de Moringa oleifera, aux folioles obovales groupées par paires le long des pennes.

Feuille composée tripennée de Moringa oleifera, aux folioles obovales groupées par paires le long des pennes.

Les feuilles constituent le caractère le plus immédiatement reconnaissable de l’espèce. Alternes et disposées en spirale le long des rameaux, elles mesurent de 30 à 70 centimètres de longueur totale et sont composées bipennées à tripennées, chez la plupart des individus divisées trois fois de suite, agencement qui donne à l’ensemble une légèreté de fronde de fougère rare chez les arbres cultivés. Le rachis se montre discrètement ailé. Les folioles terminales, ovales à obovales ou oblongues, sont petites, de 1 à 2 centimètres de long, disposées par paires opposées, d’un vert clair brillant sur la face supérieure et plus pâles sur la face inférieure. En réponse à une sécheresse prolongée, l’arbre se défeuille entièrement et repart avec les premières pluies.

Fleurs

Les fleurs se rassemblent en panicules axillaires pendantes de 10 à 30 centimètres, lâches et fort décoratives lorsque la floraison est abondante. Chaque fleur mesure de 2 à 3 centimètres de diamètre, elle est odorante et zygomorphe, avec cinq pétales libres et inégaux, blancs à crème, souvent teintés de jaune à la base. L’androcée compte cinq étamines fertiles alternant avec cinq staminodes stériles, agencement caractéristique de la famille. L’ovaire est supère, pubescent et porté par un gynophore court. Le parfum est doucereux et discret, et la production de nectar généreuse, ce qui fait de l’espèce une plante mellifère d’intérêt apicole partout où on la cultive à grande échelle.

Fruits et Graines

Capsules encore vertes suspendues dans le feuillage de la couronne, des mois avant de brunir et de s'ouvrir.

Capsules encore vertes suspendues dans le feuillage de la couronne, des mois avant de brunir et de s’ouvrir.

Le fruit est une capsule allongée et pendante, à trois valves, qui s’ouvre par déhiscence longitudinale à maturité. Il mesure typiquement de 20 à 60 centimètres de long, certains cultivars sélectionnés atteignant 90 centimètres, et de 1 à 1,8 centimètre de diamètre. La surface est parcourue de neuf côtes longitudinales bien marquées, ce qui donne au fruit la silhouette d’une baguette de tambour, image à l’origine du nom anglais drumstick tree. La couleur passe du vert vif, au stade immature, au brun foncé à maturité, atteinte 3 à 6 mois après la pollinisation.

Chaque capsule abrite de 12 à 35 graines globuleuses à ellipsoïdales, de 1 à 1,5 centimètre de diamètre et d’une masse individuelle de quelques dixièmes de gramme. Le tégument est brun foncé et porte trois ailes membraneuses d’aspect papyracé, blanchâtres à translucides, disposées longitudinalement. Ces ailes constituent un caractère diagnostique pratiquement sans équivoque: aucun des arbres à feuilles pennées avec lesquels on confond habituellement le moringa ne produit de graine trialée comparable. La teneur en huile fixe se situe entre 35 et 40 pour cent de la masse sèche.

Racine et Tige

Le système racinaire est pivotant et profond, jusqu’à 3 mètres dans les profils de sol qui le permettent, caractéristique qui explique la tolérance remarquable de l’espèce aux longues sécheresses. Chez les jeunes plants la racine principale est épaisse et tubérisée, d’odeur et de saveur nettement piquantes du fait des glucosinolates, et c’est précisément cette âcreté qui a nourri la comparaison historique avec le raifort. Le tronc mesure d’ordinaire de 30 à 60 centimètres de diamètre chez les arbres adultes et porte une écorce spongieuse et subéreuse, blanchâtre à gris clair, aux sillons longitudinaux discrets, qui exsude une gomme claire à la blessure et fonce à l’air. Le bois est blanc, léger, fibreux et de faible durabilité naturelle, sans valeur d’oeuvre notable.

Répartition et Habitat du Moringa

Plants of the World Online limite la répartition indigène de Moringa oleifera au nord-est du Pakistan et au nord-ouest de l’Inde, région de contreforts et de plaines adjacentes au système himalayen occidental. Il convient de noter qu’une bonne part de la littérature agronomique décrit l’aire naturelle plus largement, en y incluant le Népal et le Bangladesh, mais Kew traite ces territoires comme aire d’introduction et non de présence spontanée d’origine.

L’aire d’introduction, en revanche, est immense et couvre pratiquement toute la ceinture tropicale et subtropicale de la planète. Kew enregistre l’espèce comme introduite dans environ quatre-vingts territoires, parmi lesquels l’Angola, le Bangladesh, le Cameroun, Cuba, l’Éthiopie, la Floride, la Jamaïque, le Kenya, Madagascar, le Mali, le Mexique (nord-ouest), le Myanmar, le Népal, le Nigeria, Porto Rico, le Queensland, le Sénégal, les Seychelles, le Soudan, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Thaïlande, le Venezuela et le Vietnam. Au Brésil, le moringa est une plante exotique cultivée, introduite probablement pendant la période coloniale, aujourd’hui présente surtout dans le Nordeste semi-aride et dans les zones de climat chaud du Nord et du Centre-Ouest.

L’habitat de prédilection correspond au biome tropical saisonnièrement sec, à saison des pluies définie et période sèche marquée. L’espèce prospère entre 25 et 35 degrés Celsius, supporte brièvement des minimales voisines de zéro et succombe aux gelées sévères, capables de tuer la partie aérienne entière. Elle s’accommode de régimes pluviométriques très variés, d’environ 250 à 1 500 millimètres par an, et se rencontre du niveau de la mer jusqu’à quelque 1 500 mètres d’altitude, avec des observations atteignant 2 000 mètres. Elle préfère les sols sableux à sablo-limoneux, bien drainés et de pH légèrement acide à neutre, tolère les terrains pauvres et montre une tolérance modérée à la salinité. Ce qu’elle ne pardonne pas, c’est l’engorgement, qui favorise les pourritures racinaires.

Dans plusieurs régions d’introduction, l’espèce a échappé à la culture et formé des populations spontanées, surtout en terrain perturbé, en bordure de route et sur les parcelles abandonnées des climats secs. Les compendiums régionaux signalent un comportement naturalisé dans certaines parties des Caraïbes, de l’Afrique de l’Ouest et des îles du Pacifique et de l’océan Indien, même si le moringa ne figure pas parmi les envahissantes à fort impact des principales listes mondiales, sans doute par l’effet conjugué d’une dissémination limitée et d’une faible compétitivité en végétation fermée.

Culture

Plantation dense conduite pour la récolte des feuilles, aux tiges fines et à la repousse entretenue par des tailles successives.

Plantation dense conduite pour la récolte des feuilles, aux tiges fines et à la repousse entretenue par des tailles successives.

La multiplication se fait par semis ou par bouture, et le choix entre les deux voies a des conséquences structurelles sur la plante obtenue. Les graines germent en 7 à 14 jours sur substrat humide à des températures de 25 à 30 degrés Celsius, n’exigent aucune levée de dormance et conservent leur viabilité entre 6 et 12 mois en stockage ordinaire, après quoi le pouvoir germinatif chute rapidement. Les plants issus de semis développent la racine pivotante typique et se révèlent plus longévifs et plus résistants à la sécheresse. Le bouturage emploie des rameaux lignifiés de 1 à 1,5 mètre de long et de 4 à 5 centimètres de diamètre, plantés directement au champ, avec enracinement en 30 à 45 jours; il avance la fructification, mais donne un système racinaire superficiel et des sujets moins longévifs, plus exposés au renversement par le vent.

L’exigence de lumière est absolue: plein soleil, sans demi-mesure, l’ombrage réduisant drastiquement l’émission de feuilles et la fructification. L’écartement varie selon l’objectif de la plantation. Les cultures denses destinées au feuillage travaillent à 0,5 à 1 mètre entre plants et 1 à 1,5 mètre entre rangs, atteignant des densités de plusieurs milliers de plants à l’hectare, tandis que les plantations vouées au fruit adoptent 3 à 5 mètres dans les deux directions. L’irrigation est nécessaire la première année d’installation puis devient d’appoint sous la plupart des climats favorables. La matière organique incorporée à la plantation donne de bons résultats, et la taille annuelle, réalisée en fin de saison sèche, contient la hauteur et stimule les pousses latérales.

Parmi les ravageurs relevés en plantation commerciale figurent des cicadelles et des pucerons sur les jeunes pousses, des cochenilles sur rameaux et fruits, des chenilles défoliatrices des genres Noorda et Eupterote et des mouches du genre Gitona, qui s’attaquent aux capsules en formation. Du côté phytopathologique, les problèmes les plus cités sont l’anthracnose due à Colletotrichum gloeosporioides, la tache foliaire à Cercospora, les pourritures racinaires sur sols mal drainés et la flétrissure vasculaire à Fusarium, cette dernière capable de tuer la plante entière.

La récolte des feuilles peut débuter entre 60 et 90 jours après la plantation en système dense, avec des coupes successives à 35 à 45 jours d’intervalle durant la saison de croissance. Les fruits verts deviennent disponibles à partir de 8 à 12 mois chez les plants de semis et plus tôt chez les plants de bouture, tandis que la pleine production de graines mûres se stabilise vers la deuxième ou la troisième année. Le pic de production se situe entre la troisième et la huitième année de vie.

Phénologie

Le comportement phénologique du moringa dépend fortement du régime climatique local. Sous climat tropical humide, sans saison sèche prononcée, l’arbre peut fleurir et fructifier de façon quasi continue tout au long de l’année, avec chevauchement de fleurs et de fruits à plusieurs stades sur un même individu. Dans les régions à saison sèche définie, en revanche, le schéma est nettement saisonnier: la défeuillaison accompagne le coeur de la sécheresse, la floraison se concentre en fin de cette période ou juste après les premières pluies, et la fructification suit quelques mois plus tard. Les jeunes plants fleurissent souvent dès leur première année, précocité peu commune chez les arbres.

La pollinisation est essentiellement entomophile. Les abeilles de divers genres, dont Apis, sont les visiteuses les plus fréquentes et les plus efficaces, attirées par le nectar abondant et la fragrance doucereuse des fleurs; dans certaines parties de l’aire de répartition, on note aussi des visites d’oiseaux nectarivores et de mouches. La morphologie zygomorphe des fleurs, avec le pétale supérieur plus grand servant d’étendard et les inférieurs de plateforme d’atterrissage, s’accorde avec ce tableau de pollinisation animale. L’espèce présente un certain degré d’autocompatibilité, mais la pollinisation croisée donne une meilleure nouaison.

La dissémination des graines est d’abord anémochore. Les trois ailes membraneuses font office de surface portante et permettent à la graine de planer sur quelque distance lorsque la capsule s’ouvre, en général en pleine saison sèche, arbre défeuillé et vents les plus forts. L’eau intervient comme vecteur secondaire dans les drainages saisonniers. Le transport humain délibéré explique cependant, et de loin, la plus grande part de la répartition actuelle de l’espèce dans le monde.

Espèces Apparentées et Confusions

Le genre Moringa compte treize espèces acceptées: M. arborea Verdc., M. borziana Mattei, M. concanensis Nimmo ex Dalzell & A.Gibson, M. drouhardii Jum., M. hildebrandtii Engl., M. longituba Engl., M. oleifera Lam., M. ovalifolia Dinter & A.Berger, M. peregrina (Forssk.) Fiori, M. pygmaea Verdc., M. rivae Chiov., M. ruspoliana Engl. et M. stenopetala (Baker f.) Cufod. La diversité de formes au sein de cet ensemble restreint est frappante et va d’arbres élancés au feuillage finement divisé à des plantes caudiciformes au tronc renflé en tonneau.

Au sein du genre, les points de distinction les plus utiles sont les suivants:

  • Moringa concanensis, de l’ouest de l’Inde, est la plus ressemblante au moringa commun et occupe une aire qui recoupe la sienne; elle s’en sépare par des folioles plus grandes et plus rigides, des fleurs à pétales plus étroits et des fruits en général plus courts et plus épais.
  • Moringa drouhardii, de Madagascar, et Moringa ovalifolia, de Namibie, sont reconnaissables entre toutes par leur tige caudiciforme, renflée en bouteille ou en tonneau, port absent chez M. oleifera.
  • Moringa peregrina, de la péninsule Arabique et du nord-est africain, présente des feuilles bien moins divisées, aux folioles caduques précoces, et des fleurs plus petites, avec un port fréquemment arbustif en milieu rocheux.
  • Moringa stenopetala, du sud de l’Éthiopie et du nord du Kenya, se distingue par ses feuilles moins divisées à folioles nettement plus grandes, par les pétales étroits qui ont donné son nom à l’espèce et par un tronc souvent multiple.

Hors du genre, les confusions les plus courantes surviennent sur le terrain avec des arbres au feuillage penné fin appartenant aux Fabaceae, surtout au stade juvénile et en l’absence de matériel reproducteur. Des légumineuses comme Leucaena leucocephala, des espèces de Senna et de Cassia ou le flamboyant (Delonix regia) portent des feuilles bipennées qui, de loin, évoquent le feuillage du moringa. La plante en main, la distinction est simple. Toutes ces légumineuses produisent une gousse, fruit à deux valves à graines aplaties et dépourvues d’ailes membraneuses, très différente de la capsule à neuf côtes et des graines trialées du moringa; la feuille du moringa, de surcroît, est en général divisée un cran de plus que les leurs. L’écorce spongieuse et blanchâtre, qui exsude une gomme claire à la coupe, et l’odeur piquante d’une racine fraîchement blessée achèvent l’identification avec une bonne marge de sûreté.

Phytochimie

La chimie du moringa s’organise autour de deux axes: les glucosinolates, héritage de l’ordre des Brassicales, et l’huile fixe des graines. Le composé majoritaire du premier groupe est la glucomoringine, chimiquement un 4-(alpha-L-rhamnopyranosyloxy)benzylglucosinolate, présent dans les feuilles, les graines, l’écorce et la racine. Lorsque le tissu est rompu, l’enzyme myrosinase, compartimentée à part dans la cellule intacte, hydrolyse le glucosinolate et libère l’isothiocyanate correspondant, le 4-(alpha-L-rhamnopyranosyloxy)benzyl isothiocyanate. Cette réaction en deux temps est celle-là même qui produit l’âcreté de la moutarde et du radis, et elle explique l’odeur piquante qu’exhale une racine coupée.

La répartition des autres groupes dans la plante se présente ainsi:

  • Écorce et gomme: polysaccharides d’exsudation, tanins et quantités moindres de glucosinolates.
  • Feuilles: flavonols, surtout glycosides de quercétine et de kaempférol; acides phénoliques du groupe chlorogénique et caféoylquinique; caroténoïdes, avec prédominance de bêta-carotène, de lutéine et de zéaxanthine; teneurs protéiques élevées sur matière sèche, dans la fourchette rapportée de 25 à 30 pour cent; minéraux tels que calcium, fer, magnésium, potassium et zinc.
  • Fleurs: flavonols glycosylés et sucres solubles du nectar.
  • Fruits immatures: fibres alimentaires de l’ordre de 4 à 6 pour cent, acide ascorbique à une concentration élevée pour un fruit vert et teneur protéique modeste.
  • Graines: huile fixe correspondant à 35 à 40 pour cent de la masse sèche, avec l’acide oléique comme composant largement dominant, de l’ordre de 70 pour cent des acides gras; glucomoringine et dérivés; protéines cationiques de faible masse moléculaire; le carbamate niazimicine.
  • Racine et écorce de racine: alcaloïdes, dont la moringinine et la spirochine, ainsi que la plus forte densité de glucosinolates de la plante.

La racine et son écorce concentrent les alcaloïdes de l’espèce, la spirochine parmi eux, dont la toxicité est documentée dans la littérature toxicologique. Ces tissus ne sont pas un matériel alimentaire sûr, contrairement à ce que la ressemblance de saveur avec le raifort pourrait laisser croire. Chez le moringa, la partie de la plante change tout, et c’est là une information botanique de premier ordre.

Histoire et Ethnobotanique

L’attestation d’un lien entre les hommes et le moringa, ou ses congénères, remonte très haut. Dans l’Égypte pharaonique, l’huile extraite des graines de Moringa, connue sous le nom d’huile de ben, apparaît en contexte funéraire et cosmétique, et des analyses de résidus sur des vases de l’Ancien Empire en ont identifié la présence; l’espèce exploitée dans la vallée du Nil était surtout M. peregrina, indigène de la région, même si M. oleifera a circulé par des routes commerciales postérieures. Des auteurs grecs et romains ont mentionné la même huile comme base inodore pour les parfums, en tirant parti de sa remarquable résistance au rancissement.

Dans le sous-continent indien, l’arbre apparaît dans la littérature sanskrite sous des noms comme shobhanjana et shigru, et il comptait depuis des millénaires parmi les plantes cultivées dans les jardins domestiques. Les communautés du sud de l’Inde et du Sri Lanka employaient les fruits immatures et les feuilles dans l’alimentation quotidienne, pratique qui s’est étendue à l’Asie du Sud-Est et aux Philippines par les réseaux de commerce et de migration. Les populations du Sahel et du Soudan employaient la graine broyée pour clarifier les eaux troubles, procédé décrit par les voyageurs et les ethnographes du XIXe siècle et systématiquement documenté au XXe.

La dispersion mondiale s’est consolidée à l’époque coloniale. Portugais, Espagnols, Anglais et Français ont emporté l’espèce du sud de l’Asie vers les colonies tropicales des Amériques, d’Afrique et des îles de l’océan Indien et du Pacifique, où l’arbre a rencontré des conditions proches de celles de son aire indigène et s’est établi sans peine. La description botanique formelle est venue avec Lamarck en 1785, plus de trente ans après que Linné eut nommé la plante Guilandina moringa, et la nomenclature devait rester instable pendant plus d’un siècle, ce qui explique la longue liste de synonymes accumulée.

Conservation

La fiche de la Liste rouge de l’UICN, évaluée en août 2019 et publiée en 2020, classe Moringa oleifera en Préoccupation mineure (LC, critères version 3.1). Le tableau est confortable et tient à deux facteurs conjugués: l’espèce est présente dans au moins une aire protégée de sa répartition indigène et se cultive à grande échelle dans des dizaines de pays, ce qui rend sa persistance presque indépendante des populations sauvages. L’évaluation fait en outre état d’une conservation ex situ active et ne relève aucune menace notable en cours. L’espèce ne figure à aucune annexe de la CITES.

Deux réserves méritent néanmoins d’être mentionnées. La première tient à l’érosion génétique: l’expansion commerciale repose sur une poignée de cultivars sélectionnés, et le nombre d’accessions conservées en banques de germoplasme reste modeste au regard des surfaces aujourd’hui plantées, ce qui laisse sous-représentée la diversité des populations d’origine du nord-ouest indien et du nord-est pakistanais. La seconde tient au contraste avec les congénères, autrement plus fragiles. Plusieurs espèces du genre ont une répartition naturellement restreinte et subissent une pression réelle, dont M. arborea, endémique d’une aire minuscule du nord du Kenya, et les espèces caudiciformes de Madagascar et de Namibie, visées par la collecte illégale pour le commerce des plantes succulentes ornementales. La robustesse de M. oleifera ne s’étend donc pas à la famille qu’elle représente.

Curiosités

  • La famille des Moringaceae est monogénérique et ne compte que treize espèces acceptées, l’un des groupes les plus restreints parmi les familles d’angiospermes d’importance économique mondiale.
  • Le moringa est un parent de la moutarde et du chou, tous dans l’ordre des Brassicales, parenté que sa morphologie d’arbre dissimule entièrement mais que la chimie des glucosinolates trahit aussitôt.
  • L’huile de ben, extraite des graines, résiste exceptionnellement bien à l’oxydation et a servi pour cette raison pendant des siècles de véhicule neutre en parfumerie puis, plus tard, de lubrifiant pour les mécanismes d’horlogerie de précision.
  • Les graines trialées planent au vent comme de petits hélicoptères de papier, adaptation de dissémination peu commune chez les arbres des régions sèches du sud de l’Asie.
  • Le créateur du genre Moringa, en 1763, est le naturaliste français Michel Adanson, celui-là même que Linné a honoré dans le nom des baobabs, Adansonia. La coïncidence ne manque pas de sel: trois espèces de Moringa développent des troncs caudiciformes renflés en bouteille et répètent ainsi, depuis l’autre versant de l’histoire évolutive, la silhouette des baobabs, sans leur être étroitement apparentées.

Avertissement: ce contenu est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Consultez un médecin ou un phytothérapeute avant d’utiliser des plantes médicinales, notamment pendant la grossesse, l’allaitement ou en cas de prise de médicaments.

Références et Études Scientifiques

10 Références Citées

Basé sur 10 références citées (10 Complémentaires).

Voir les 10 Références Citées
  1. Adanson, M. Familles des Plantes, vol. 2: 318. Paris, 1763.
  2. Lamarck, J. B. Encyclopédie Méthodique, Botanique, vol. 1: 398. Panckoucke, Paris, 1785.
  3. 1996 Miller, A. G. & Cope, T. A. Flora of the Arabian Peninsula and Socotra, vol. 1: 1-586. Edinburgh University Press, 1996.
  4. 2002 Olson, M. E. Combining data from DNA sequences and morphology for a phylogeny of Moringaceae. Systematic Botany, 27(1): 55-73, 2002.
  5. POWO. Moringa Adans. Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew. Disponible sur ↗
  6. POWO. Moringa oleifera Lam. Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew. Disponible sur ↗
  7. 2020 Roland, C. Moringa oleifera. The IUCN Red List of Threatened Species 2020: e.T61890232A61890241. Évaluée le 28 août 2019, catégorie Préoccupation mineure (LC). Disponible sur ↗
  8. The International Plant Names Index. Moringa oleifera Lam., enregistrement 584736-1. Disponible sur ↗
  9. 1986 Verdcourt, B. Moringaceae. Flora of Tropical East Africa: 1-11. Royal Botanic Gardens, Kew, 1986.
  10. 2001 Wu, Z. & Raven, P. H. (eds.). Flora of China, vol. 8: 1-506. Science Press, Pékin, et Missouri Botanical Garden Press, St. Louis, 2001.
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Moringa oleifera: taxonomie, morphologie, aire indigène, culture, phénologie, phytochimie et conservation du moringa réunis dans une fiche botanique complète.

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